La Route de l’Esclave - Habitation Roussel‑Trianon

Le royaume silencieux de l’ancienne sucrerie Roussel‑Trianon, cœur ancien de Marie‑Galante
L’Habitation Roussel‑Trianon, située le long de la Route N9 entre Grand‑Bourg et Saint‑Louis, est l’un des sites historiques les plus emblématiques de Marie‑Galante et un lieu majeur de la Route des Esclaves, le parcours mémoriel qui rassemble les principaux sites liés à l’histoire de l’esclavage sur l’île. Ce domaine est un espace où la tradition sucrière de Marie‑Galante s’entrelace avec l’histoire coloniale, l’évolution technologique et les transformations sociales qui ont marqué trois siècles de production de canne à sucre. Fondée en 1669, l’habitation se développe rapidement grâce à la fertilité des terres et à sa position stratégique sur la côte sud‑ouest de l’île, devenant l’une des sucreries les plus anciennes et prospères de la Guadeloupe. Entre 1720 et 1740, la propriété passe entre plusieurs familles influentes : d’abord Nicolas Bonhomme, créole de Marie‑Galante, puis la famille Fossecave, ensuite Botreau‑Roussel, avant d’être définitivement associée aux Roussel‑Trianon. On raconte que le moulin érigé par Trianon était l’un des plus beaux de l’île, une structure majestueuse et innovante tant par ses techniques de construction que par son fonctionnement, symbole de la solidité et de l’ingéniosité de l’époque. Le site, immergé dans un vaste tapis d’herbe verte soigneusement entretenu, conserve encore aujourd’hui des éléments architecturaux exceptionnels, classés Monuments Historiques depuis 1981, dont le célèbre moulin à vent de 1800, construit en pierre calcaire et orné de motifs sculptés tels qu’une étoile à huit branches et des cœurs, la grande cheminée en briques et pierre, vestige de l’ère de la machine à vapeur, ainsi que l’écurie en pierre et brique, rare aux Antilles pour la qualité de ses matériaux et de ses techniques de construction. Sous la direction de Paul Botreau‑Roussel, à la fin du XVIIIe siècle, l’habitation connaît une modernisation décisive: en 1800, le moulin à bêtes est remplacé par un moulin à vent, en 1845 une usine à vapeur est construite, et en 1860 Victor Roussel introduit les appareils à triple effet Derosne et Cail, une première aux Antilles, marquant le passage d’une production artisanale à une production semi‑industrielle. Avant l’abolition de l’esclavage en 1848, les esclaves jouent un rôle essentiel dans la transformation du vesou, le jus de canne, en sucre ; après l’abolition, ce sont les “nouveaux libres” qui assurent la continuité de la production, maintenant la sucrerie active jusqu’en 1874, lorsque la crise sucrière antillaise entraîne sa fermeture définitive, laissant derrière elle des ruines imposantes qui racontent encore aujourd’hui l’histoire économique et sociale de l’île. En 2021, le site est sélectionné par le Loto du Patrimoine, obtenant des financements destinés à la restauration du moulin à vent et à la valorisation du domaine, aujourd’hui propriété du Conseil Départemental de la Guadeloupe. Visiter l’Habitation Roussel‑Trianon, c’est s’immerger dans un paysage suspendu dans le temps, où la nature enveloppe les structures de pierre et de brique, et où chaque élément architectural — du moulin à la cheminée, de l’écurie aux ruines de la maison de maître — témoigne de la puissance de l’industrie sucrière, de la vie quotidienne dans les plantations, de l’évolution technologique et du poids de l’histoire coloniale. Le site, libre d’accès mais peu aménagé, demande une certaine vigilance lors de la visite ; il représente un lieu de mémoire essentiel, un patrimoine vivant qui invite à réfléchir au passé et à la transformation de Marie‑Galante, une île qui a construit son identité à travers la canne à sucre, le travail, la résistance et la préservation de son histoire. Pour approfondir, il est possible d’explorer l’histoire du moulin à vent, de la cheminée de l’usine à vapeur ou la structure de l’écurie coloniale, des éléments clés pour comprendre l’évolution de l’Habitation Roussel‑Trianon et le rôle central de Marie‑Galante dans l’économie sucrière des Antilles françaises.
(Testo e photo copyright Stefano Mappa)





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