La Route de l’Esclave - Habitation Murat

Habitation Murat: le cœur de la mémoire esclavagiste de Marie‑Galante
L’Habitation Murat, perchée sur les hauteurs de Grand‑Bourg, est l’un des lieux les plus emblématiques de la Route de l’Esclave, véritable symbole de l’histoire esclavagiste et du patrimoine populaire de Marie‑Galante. Fondée au XVIIᵉ siècle, elle fut l’un des premiers établissements sucriers de l’île et, sous la direction de Dominique Murat, devint en 1839 la plus grande plantation de la Guadeloupe, avec 307 esclaves travaillant à la culture et à la transformation de la canne à sucre. La majestueuse Maison de Maître, de style néoclassique et inspirée des demeures bordelaises, dominait un vaste complexe agricole et industriel comprenant deux moulins (un moulin à vent de 1814 et un moulin à bête), une sucrerie équipée de neuf chaudières, une distillerie, des cuisines, des cases d’esclaves, un hôpital et un grand enclos pour les animaux.
La qualité exceptionnelle de la maçonnerie en pierre et l’écusson sculpté sur le moulin à vent témoignent du savoir‑faire des esclaves‑artisans, qui travaillaient aux côtés de techniciens européens. Derrière l’habitation se trouve aujourd’hui le célèbre jardin de plantes médicinales (1978), gardien des connaissances traditionnelles de l’île, tandis que près du littoral se dressent trois cases en gaulette, reconstitutions fidèles des logements des “captifs”, rappel poignant des conditions de vie extrêmement précaires dans les plantations.
Le déclin de la propriété commença avec la concurrence du sucre de betterave (1836) et le séisme dévastateur de 1843. Tombée en ruine au XXᵉ siècle, elle fut restaurée dans les années 1960 par la SODEG. En 1979, grâce à une vaste enquête ethnographique, naquit ici le premier écomusée de la Guadeloupe et des Petites Antilles, fondé sur des recherches scientifiques et sur les témoignages des habitants de Marie‑Galante. Aujourd’hui, l’Écomusée regroupe cinq sites majeurs : Habitation Murat, Habitation Roussel‑Trianon, Usines Doro et Pirogue, Mare au Punch.
La Maison de Maître abrite l’exposition permanente “Trésors populaires du quotidien”, tandis que le moulin à vent de 1814, classé Monument Historique, est l’un des symboles les plus reconnaissables du site. L’ancien hôpital des esclaves, reconstruit en 1989, accueille désormais le centre de documentation. Le parc de sept hectares, riche en flamboyants, cocotiers et espaces verts, est aujourd’hui le théâtre de grands événements culturels, dont le célèbre festival Terre de Blues.
Avec plus de 50 000 visiteurs par an, l’Habitation Murat est l’un des sites historiques les plus fréquentés de l’archipel : un lieu où l’histoire sucrière, la mémoire de l’esclavage et la culture populaire se mêlent à un paysage naturel d’une beauté exceptionnelle. Visiter Murat, c’est traverser trois siècles d’histoire, écouter les voix de la mémoire et découvrir la résilience d’un peuple qui a transformé la douleur en identité, en culture et en patrimoine.





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